RÉSOLUTION DE QUITTER DRESDE
troupe imposante de jeunes gymnastes bien équipés qui arrivaient du dehors et s'informaient du lieu de rassemblement. La vue de ces centaines de jeunes hommes à Tair martial ne pouvait manquer de m'exalter. Rœckel se chargea de les conduire à la place d'armes, devant l'hôtel de ville ; nous causâmes encore, et il se plaignit du manque d'énergie des hommes chargés du commandement. Comme moyen extrême de défense, il avait proposé de garnir les barricades les plus menacées de cordons de poix allumée, mais l'idée seule avait suffi à épouvanter le gouvernement provisoire. Afin de pouvoir me rendre plus vite à l'hôtel de ville, je le quittai. Je ne devais le revoir que treize ans après.
A l'hôtel de ville, je trouvai Bakounine qui m'apprit que, sur son conseil, le gouvernement provisoire s'était décidé à abandonner la position intenable qu'il avait à Dresde et à exécuter une retraite armée vers les montagnes de l'Erzgebirge, où viendraient le rejoindre les renforts arrivant de tous les côtés, spécialement de la Thuringe. Il y aurait moyen d'y préparer la guerre populaire allemande ; à Dresde, c'était impossible, car les plus brillants combats dans ces rues barricadées ne gardaient toujours que le caractère d'une émeute. J'avoue que ce projet me parut grandiose et raisonnable. Ce que tout d'abord je n'avais pris que pour un événement insigmfiant et incompréhensible, dont je ne considérais l'importance que d'un œil ironique, se développait peu à peu devant moi et acquérait une signification profonde dont la pensée me remplissait d'espoir. Sans éprouver le besoin de jouer un rôle quelconque ou de me faire délivrer une