DÉPART DE DRESDE AVEC MINNA
fonction, je ne m’inquiétai plus de prendre les précautions qu’exigeait ma situation personnelle et me décidai à suivre la voie où m’entraînait mon penchant. Ne voulant pas laisser ma femme seule à Dresde et sans aide, j’inventai sur-le-champ un prétexte pour la diriger du côté qui m’attirait, mais sans qu’elle se doutât de mes intentions.
Durant mon retour précipité au faubourg de Friedrichstadt, je m’aperçus que les communications entre ce quartier et le centre de la ville étaient à peu près coupées par les troupes prussiennes et je compris les suites désagréables qu’aurait pour nous l’état de siège résultant de l’occupation militaire. Il me fut facile de convaincre Minna de la nécessité de se sauver avec moi par la rue de Tharand encore libre et de nous rendre à Chemnitz chez ma sœur Clara. Ma femme fut prête en moins de rien et promit de me rejoindre une heure plus tard dans le village le plus proche où, prenant les devants avec mon petit chien Peps, je devais tâcher de me procurer une voiture pour notre voyage.
Qu’elle était radieuse cette matinée de printemps quand, avec le sentiment que c’était pour la dernière fois, je pris le sentier où je m’étais promené si souvent solitaire ! Des alouettes planaient au-dessus de ma tête, d’autres chantaient dans les sillons des champs, tandis que la canonnade tonnait sans interruption dans les rues de Dresde. Ce bruit sourd qui plusieurs jours de suite avait frappé mon oreille, se grava si fortement dans mon cerveau que je continuai à l’entendre longtemps après m’en être éloigné, de même qu’autrefois à Londres, après ma traversée de