‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 214 sur 276 · ARRIVÉE A CHEMNITZ, RETOUR A DRESDE · texte numérisé non relu

ARRIVÉE A CHEMNITZ, RETOUR A DRESDE

la mer du Nord, j'avais cru”sentir le balancement continuel du bâteau. Avec l'accompagnement de cette musique effroyable, je dis adieu à la ville dont j'apercevais encore les tours et je pensais en souriant que si, sept ans auparavant, mon entrée y avait passé bien inaperçue, mon départ du moins n'avait pas lieu sans éclat aujourd'hui.

Lorsque, avec Minna, je me trouvai enfin en cabriolet sur la route de l'Erzgebirge, nous croisâmes nombre d'escouades de troupes fraîchement équipées qui se rendaient à Dresde. Leur rencontre nous réjouissait toujours et ma femme ne pouvait s'empêcher de les encourager en leur criant qu'aucune barricade n'était prise encore. Mais nous fûmes péniblement impressionnés aussi de voir une compagnie de soldats de la ligne marchant en silence sur Dresde. Ceux auxquels on demanda où ils allaient répondirent sèchement et sans doute d’après l’ordre donné : « Faire notre devoir. »

A Chemnitz, je causai une véritable frayeur à mes parents en leur déclarant que je comptais retourner à Dresde le lendemain, dès la première heure, afin de savoir ce qui s'y passait. Je résistai à toutes les prières et j'exécutai mon projet dans l'espoir que je rencontrerais en chemin les forces révolutionnaires sorties de Dresde. A mesure que je me rapprochais de la ville, j'apprenais qu'on n'y songeait guère à se rendre et que les chances de victoire étaient du côté populaire. Il me semblait qu'un miracle succédait à un autre miracle. !Mon agitation avait atteint ses limites extrêmes quand, le mardi 9 mai, je débouchai sur la place de l'Hôtel-de-Ville : il m'avait fallu éviter la rue trop dangereuse et me faufiler par des pas-

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