‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 220 sur 276 · CONFÉRENCE ENTRE HEUBNER ET BAKOUNINE · texte numérisé non relu

CONFÉRENCE ENTRE HEUBNER ET BAKOUNINE

et sa femme, qu*il revoyait après tant d'émotions. En peu de mots il lui fit comprendre la gravité et l'importance de la tâche qu'on lui avait confiée : il se vouait à l'Allemagne et à son noble avenir ; il était prêt à sacrifier sa vie.

On servit à déjeuner, et, après nous être restaurés d'assez bonne humeur, Heubner adressa à Bakounine une brève et ferme allocution. Il le connaissait encore si peu qu'il ne savait pas même prononcer exactement son nom. (( Cher Boukanine, lui dit-il, avant de prendre une décision, il faut que tu me dises si ton but politique est réellement la république rouge, ainsi qu'on me l'a raconté ; déclare-toi ouvertement que je sache si, à l'avenir, je puis compter sur ton amitié. » Sans détour, Bakounine répondit qu'il n'avait de plan arrêté pour aucune forme de gouvernement et qu’il ne donnerait sa vie ni pour l'une ni pour l'autre de ces formes. Quant à ses désirs et à ses espoirs, ils étaient si vastes qu'ils ne pouvaient avoir aucun rapport avec les bagarres de Dresde et tout ce qui s'y rattachait en Allemagne. Cette révolution lui avait paru un mouvement ridicule et insensé jusqu'au moment où il s'était rendu compte de l'effet que produisait la conduite si noble et si courageuse de Heubner. Dès cet instant, toute considération politique s’était effacée devant l'intérêt que lui inspirait un tel enthousiasme et il avait immédiatement pris la résolution de seconder en ami actif et dévoué cet homme remarquable ; et cela, bien que celui-ci appartînt à un parti pohtique modéré dont lui, Bakounine, ne pouvait prévoir l'avenir, étant trop peu renseigné sur les conditions des partis en Allemagne.

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