‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 221 sur 276 · CONSEILS DE BAKOUNINE · texte numérisé non relu

CONSEILS DE BAKOUNINE

Heubner se déclara satisfait de cette réponse et demanda à Bakounine son a\ds sur Tétât actuel des choses. N'était-il pas juste et bon de licencier maintenant les troupes et de renoncer à une lutte évidemment désespérée? Le Russe répondit avec sa conviction et son calme habituels que chacun était bien libre de renoncer à la lutte, sauf Heubner lui-même. Premier membre du gouvernement provisoire, il avait appelé ses concitoyens aux armes et son appel avait été entendu ; des centaines de vie avaient été sacrifiées : renvoyer les combattants aujourd'hui, c'eût été avouer que ces victimes avaient été immolées à une pure vanité ; aussi, ne resteraient-ils qu’eux deux, ils ne pouvaient pas abandonner leur poste. En cas de défaite, ils paieraient de leur vie, mais leur honneur devait demeurer sans tache, afin que si plus tard un appel semblable retentissait encore, il n'éveillât pas le doute et le désespoir.

Ce langage décida Heubner; il rédigea sur-le-champ une proclamation dans laquelle il demandait, pour la Saxe, l'élection d'une Assemblée constituante qui serait convoquée à Chemnitz. Il supposait qu'il serait possible -de placer dans cette ville le siège du gouvernement provisoire et qu'en attendant que s'éclaircît la situation politique générale de l'Allemagne, il serait soutenu par la population et les nombreuses troupes de combattants révolutionnaires qu'on lui annonçait encore. Pendant le conciüabule, un typographe nommé Stéphane Born entra dans notre chambre. A la grande satisfaction de Heubner, Born avait été chargé du commandement des troupes pendant ces trois dernières journées de Dresde et il venait

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