‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 222 sur 276 · DÉPART DE FREIBERG · texte numérisé non relu

DÉPART DE FREIBERG

raviser que la retraite s'était effectuée en bon ordre et sans aucune perte jusqu'à Freiberg. Ce jeune homme à l'air modeste nous produisit un effet de distinction en nous adressant sa communication. Heubner lui demanda s'il se chargerait de défendre Freiberg contre une attaque éventuelle de l'armée, mais il répondit que n'étant pas militaire, il n'entendait rien à la stratégie et qu'un officier seul pourrait entrer en cause. Dans ces conditions, il parut préférable, ne fût-ce que pour gagner du temps, de se replier vers la populeuse cité de Chemnitz. Avant tout, cependant, il fallait s'occuper de ravitailler les masses de francs-tireurs rassemblés à Freiberg.

Dans ce but, Born s'éloigna aussitôt pour prendre les premières mesures ; Heubner nous quitta également afin d'accorder une heure de repos à son esprit fatigué. Je restai seul sur le canapé avec Bakounine ; mais bientôt celui-ci, vaincu par le sommeil, laissa tomber lourdement sa forte tête sur mon épaule. Voyant que je ne le réveillerais pas en me dégageant, je le poussai à grand'peine de côté, et sortis de la maison de Heubner pour m'assurer, ainsi que je le faisais avec passion depuis plusieurs jours, de la marche des événements. J'arrivai à la place de la Mairie, où les bourgeois de la ville traitaient de leur mieux les bandes bruyantes et surexcitées des francs-tireurs. Quel ne fut pas mon étonnement d'y retrouver Heubner que je croyais dormant chez lui. Il était en pleine activité ; il eût été trop inquiet de laisser les gens, même une heure, sans direction. Sur-le-champ, il avait installé un bureau de commandement et, de plus belle, il organisait et donnait sa signature au miheu du vacarme infernal qui l'entourait.

Page 1