DÉPART DE FREIBERG
Bakounine ne tarda pas à nous rejoindre aussi : il insistait principalement pour qu'on choisît un bon officier, mais on n'en trouvait point. Alors, un homme d'un certain âge, qui venait d'arriver du Voigtland à la tête d'une des troupes les plus importantes, frappa Bakounine par ses discours énergiques, et notre ami eût voulu qu'on le nommât, séance tenante, commandant en chef. Impossible cependant de prendre une résolution sérieuse dans ce tumulte effroyable. On n'espérait devenir maître du désordre qu'à Chemnitz et c'est pourquoi Heubner ordonna de se remettre en marche dès qu'on se serait suffisamment restauré.
Aussitôt que cette décision fut prise, moi qui souhaitais sortir de ce chaos, je déclarai à mes amis que je me mettrais seul en route pour les retrouver le lendemain à Chemnitz. J'eus la chance d'attraper encore la dihgence qui partait à cette heure-là et me réservai une place. Mais comme les francs-tireurs étaient en train de se mettre en mouvement et qu'ils prenaient le même chemin, on déclara que, pour ne pas être entraînée dans le tourbillon, la poste attendrait que les miliciens eussent défilé. Or, cela dura fort longtemps. J'examinais en attendant la singulière tenue de ces révolutionnaires ; un groupe du Voigtland me frappa particulièrement par l'allure gourmée de ses hommes; ils obéissaient au roulement d'un tambour qui cherchait à rompre la monotonie de sa musique en frappant alternativement sur la peau et sur le bois de la caisse. Ce bruit sec et désagréable me rappela le claquement macabre d'une danse nocturne de squelettes autour du Rabenstein, tel que je l'avais entendu avec un