‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 227 sur 276 · LA GRANDE-DUCHESSE DE WEIMAR · texte numérisé non relu

LA GRANDE-DUCHESSE DE WEIMAR

finit par grincer des dents. Très ému de ce singulier emportement, mais incapable d'en comprendre la cause, je demeurai profondément étonné. Liszt eut toute la nuit à se remettre de la forte attaque de nerfs qui suivit son exaltation. Mais je fus tout aussi étonné le lendemain matin de voir arriver mon ami en tenue de voyage; il m'annonça que, pour des raisons qu'il n'énonça pas clairement, il devait se rendre à Carlsruhe et il m'invita à l'accompagner jusqu'à Eisenach avec le directeur de musique Stœhr. Chemin faisant, le chambellan, M. de Beauheu, nous arrêta pour nous dire que la grandeduchesse de Weimar, sœur du tzar Nicolas, désirait me recevoir dans son château d'Eisenach. J'objectai mon costume de voyage, mais Liszt accepta en mon nom. Et, en effet, le soir, la grande-duchesse m'accueillit de la façon la plus bienveillante ; elle s'entretint aimablement avec moi et recommanda avec chaleur à son chambellan d'avoir pour moi tous les égards désirés.

Liszt m'a assuré plus tard que sa noble protectrice savait déjà qu'on ne tarderait pas à me poursuivre de Dresde et qu'elle s'était hâtée de faire ma connaissance personnelle, car, peu de jours après, cette audience l'eût fortement compromise.

Liszt continua sa route et me laissa à Eisenach en compagnie de Stœhr et de Kühmstedt, directeur de musique à Weimar et contrapontiste fort exercé. Il les chargea de s'occuper de moi. Avec Kühmstedt, je visitai le château du Wartbourg, qui n'avait pas encore été restauré, et cette visite m'inspira de singulières réflexions sur ma destinée. N'était-il pas surprenant que je franchisse pour la pre-

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