MANDAT D'ARRÊT CONTRE MOI
mière fois le seuil de cette ruine, si intimement liée à ma pensée d’artiste, juste au moment où j’allais sans doute me voir forcé de quitter l’Allemagne?
De retour à Weimar, j’appris dès le lendemain de cette excursion les nouvelles les plus troublantes. Liszt, qui était revenu le troisième jour, reçut une lettre de ma femme. Elle n’avait plus osé m’écrire directement et me disait qu’une descente de police avait eu lieu dans mon domicile à Dresde, où Minna était retournée depuis quelque temps. Elle ajoutait qu’on l’avait avertie de me prévenir de ne pas rentrer à Dresde, car un mandat d’arrêt avait été lancé contre moi.
A partir de ce moment, Liszt n’eut plus de soucis que pour ma personne ; il réunit un conseil d’amis expérimentés pour conférer sur les moyens de me préserver du danger qui me menaçait. Le ministre de Watzdorf, que j’avais été voir, était d’avis qu’en cas de réquisition, je devais tout simplement retourner à Dresde et qu'on m’y conduirait très convenablement en voiture particulière. Mais des bruits si défavorables nous étaient parvenus sur les procédés brutaux des Prussiens et sur la manière dont ils comprenaient l’état de siège, que Liszt et ses amis décidèrent de m’éloigner aussi vite que possible de Weimar, car il était impossible de m’y protéger. Je répliquai cependant que je ne quitterais pas l’Allemagne avant d’avoir dit adieu à ma femme si inquiète, et qu'il me fallait ainsi rester encore quelque temps dans les environs de Weimar. On tint compte de mon désir, et le professeur Siebert proposa de me loger provisoirement à trois heures de là, à Magdala, chez un agriculteur dont on était sûr.