LES CRITIQUES : CARL BANK. — JULES SCHLADEBACH
que commencèrent, avec les critiques des journaux, des difficultés qui devaient s’aggraver de plus en plus. Je connaissais déjà M. Cari Bank, critique théâtral de Dresde ; à Magdebourg, il était venu me voir une fois et avait eu grand plaisir à se faire jouer par moi divers morceaux de pia Défense d'aimer. Lorsque nous nous retrouvâmes à Dresde, il ne me pardonna pas de n’avoir pu lui procurer un billet pour la première de Rienzi. Même aventure m'arriva avec un M. Jules Schladebach qui, à cette époque, s’établit aussi à Dresde comme journaliste. Autant j’aimais me montrer aimable envers chacun, autant j’éprouvais de répulsion à témoigner des égards particuliers à quelqu’un, simplement parce que ce « quelqu’un » était critique théâtral. Toujours j’ai gardé cette répulsion invincible et avec le temps je suis devenu sous ce rapport d’une brusquerie presque systématique et je me suis attiré ainsi, pendant toute ma vie à peu près, les persécutions éhontées de la presse. Pour le moment, ce désagrément ne me fit pas trop souffrir, car les journalistes ne prenaient pas encore de grands airs et ceux de Dresde écrivaient si peu dans les feuilles étrangères que le mouvement artistique de cette ville passait inaperçu dans le monde, ce qui du reste était fâcheux pour moi.
Les désagréments de mon succès ne me touchaient donc pas encore, et pour la première et unique fois de ma vie je me sentis environné d’une bienveillance générale qui me dédommagea richement de toutes les épreuves par lesquelles j’avais passé. Car d’autres conséquences, inattendues aussi, résultèrent subitement de ma réussite, mais ce ne fut pas sous le rapport pécuniaire. Je ne reçus
LE « FLIEGENDER HOLLAENDER » A DRESDE 33
que trois cents thalers et encore puis-je m'estimer heureux, la direction générale ayant fait une exception pour moi et ne payant d’ordinaire que vingt louis de droits à l’auteur. Je ne pouvais non plus espérer vendre mon opéra à un éditeur avant qu’on l’eût représenté sur d’autres scènes importantes. Mais le destia voulut que la mort inattendue du directeur royal de musique, M. Rastrelli, survenue peu de temps après la première de mon Risnzi, laissât une place vacante pour laquelle tous les regards se dirigèrent immédiatement vers moi.
Pendant les négociations à ce sujet, qui traînèrent quelque peu en longueur, la direction générale donna une preuve d’admiration presque passionnée de mon talent. Elle ne voulait pas que la première représentation de mon Fliegender Hollaender eût lieu à Berlin ; il me fallait absolument en réserver l’honneur à Dresde. L’intendance de Berlin ne s’y opposant pas, je consentis volontiers à faire jouer d’abord à Dresde ce nouvel ouvrage aussi, et bien que je dusse renoncer au concours de Tichatschek, puisque l’opéra ne renfermait pas de ténor tragique, il me restait l’aide d’autant plus active de Mme Schrœder-Devrient qui y trouvait un rôle bien plus satisfaisant que dans Rienzi. La part trop minime qu’elle avait eue dans cette dernière œuvre lui avait inspiré une bizarre acrimonie contre moi ; aussi fus-je heureux de la dédommager et de remettre cette fois toute ma pièce entre ses mains.
Je lui donnai cette preuve de confiance avec une ardeur exagérée, nuisible à l’œuvre elle-même, car j’adjugeai presque de force le principal rôle d’homme au baryton Waechter, célèbre autrefois, mais qui n’était