‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 233 sur 276 · RENCONTRE AVEC MEYERBEER · texte numérisé non relu

RENCONTRE AVEC MEYERBEER

droit OÙ, reconnaissant ma voix, il s'était tenu caché pendant dix minutes. En souriant, il s'excusa d'avoir eu une épreuve pressée à corriger. J'en eus assez de cette singulière rencontre ; la conduite de cet homme avait été trop douteuse envers moi et trop humihante, surtout la dernière fois que je l'avais vu à Berlin. N'ayant plus affaire à lui maintenant, je le saluai d'un air gai assez dégagé qui m'était inspiré par le trouble qu'il montrait involontairement de me voir à Paris. Il croyait que je revenais tenter la fortune et parut fort étonné lorsque je l’assurai que la simple pensée d'un nouvel essai me dégoûtait.

« — Mais Liszt a pourtant écrit sur vous un magnifique article dans les Débats? » — « Ah 1 je comprends ! répondis-je ; mais je ne savais pas que le dévouement enthousiaste d'un ami dût être nécessairement exploité pour une spéculation en commun. » — « L'article a fait sensation. Il n'est pas croyable que vous ne cherchiez point à en tirer parti. » Ce répugnant quiproquo me courrouça et je certifiai avec une certaine vivacité à Meyerbeer que la tournure réactionnaire que prenaient les événements me poussait à m'occuper de tout autre chose que de productions artistiques. — « Mais qu'espérez vous donc de la Révolution? riposta-t-il. Voulez-vous écrire des partitions pour les barricades? » Je répliquai que je ne songeais pas du tout à écrire la moindre partition. Nous nous quittâmes sans être parvenus à nous comprendre.

Dans la rue, je croisai Schlesinger. Lui aussi, sous l'impression du feuilleton de Liszt, crut que ma présence à

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