‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 234 sur 276 · SCHLESINGER. — SEMPER · texte numérisé non relu

SCHLESINGER. — SEMPER

Paris avait un but spéculatif et mes chances, à son avis, étaient très favorables.

« — Voulez-vous faire Taffaire avec moi? lui demandaije. Je n*ai pas d'argent. Vous ne pensez pas pourtant que l'opéra d'un inconnu puisse être autre chose qu'une « affaire d'argent»? — Vous avez raison », répondit Schlesinger en se hâtant de s'éloigner.

Après ces désagréables rencontres dans la capitale empestée, je me tournai vers certains de mes compagnons dresdois qui avaient aussi cherché un asile à Paris. Comme moi, Semper y avait échoué. Je le retrouvai chez Despléchins, le peintre de mes décors de Tannhàuser. Nous nous revîmes avec grand plaisir, quoique nous ne pussions nous empêcher de sourire du grotesque de notre situation. Lorsque la fameuse barricade qu’il n'avait cessé de surveiller comme architecte eut été contournée (à son avis, il était impossible qu'elle eût été prise), Semper s'était retiré de la lutte. Cependant il se croyait assez compromis pour ne plus se sentir à l'aise à Dresde, du moment que les Prussiens y proclamèrent l'état de siège. Il s'estimait heureux d'avoir pu, étant Holsteinois, obtenir un passeport du gouvernement danois sans passer par l'entremise des autorités allemandes et effectuer ensuite sa fuite à Paris. Je lui exprimai mon regret de ce que la fatalité l'eût empêché de continuer la construction du musée de Dresde et l'eût interrompu dans ce grand travail. Il parut ne pas y attacher d'importance et prétendit que cette bâtisse lui avait causé assez d'ennuis. Malgré nos préoccupations, je passai avec Semper les seules heures gaies de ce séjour à Paris.

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