‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 235 sur 276 · VILLÉGIATURE A REUIL · texte numérisé non relu

VILLÉGIATURE A REUIL

Mon ancien peintre manqué des décors de Lohengrin, le jeune Heine, était également réfugié pglitique et se joignit bientôt à notre compagnie. Les soucis d'existence ne comptaient pas pour lui, car son professeur Despléchins lui avait volontiers offert de l'occuper. Moi seul, je me trouvais sans motif à Paris et mon unique désir était de sortir au plus tôt de cette atmosphère de choléra. L'occasion m'en fut offerte par Belloni; j'en profitai avec une véritable joie. Il m'invita à le suivre, lui et sa famille, dans sa villégiature de la Ferté-sous-Jouarre. Là, dans un air pur et un repos absolu, je pourrais attendre la tournure que prendraient les événements. Au bout de huit jours passés à Paris, j'entrepris donc ce petit voyage, qui me conduisit à Reuil où je trouvai une modeste chambre à alcôve chez M. Raphaël, marchand de vin. Je demeurais dans le proche voisinage du maire du village, chez lequel s'était installée la famille Belloni.

Pendant le temps assez long que je restai sans nouvelles de l'Allemagne, je cherchai à m'occuper par la lecture. Je puisai dans les œuvres de Proudhon, surtout dans son ouvrage : De la propriété, des consolations singulièrement appropriées à ma situation particulière ; puis je me plongeai avec un énorme plaisir dans l'attrayante Histoire des Girondins, de Lamartine.

Un jour, Belloni nous apporta la nouvelle de l'émeute infructueuse qu'avaient entreprise les républicains ayant à leur tête Ledru-RoUin : le 13 juin, ils s'étaient soulevés contre le gouvernement provisoire qui voguait alors à pleines voiles vers la réaction. Mon protecteur et le maire

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