‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 237 sur 276 · ÉLOIGNEMENT DE MINNA · texte numérisé non relu

ÉLOIGNEMENT DE MINNA

première qu’elle m’eût écrite depuis fort longtemps. Elle m’annonçait qu’elle ne pouvait plus songer à vivre avec moi : après que j’avais, de gaieté de cœur et par légèreté, foulé aux pieds une situation qui ne se représenterait plus, on ne pouvait exiger d’une femme qu’elle consentît à me suivre dans de nouvelles aventures. Tout d’abord, je jugeai avec assez d’équité la malheureuse situation de Minna : j’avais dû la laisser sans ressource aucune et n’avais pu lui donner d’autre conseil que de vendre notre mobilier de Dresde et de demander de l’aide à mes parents de Leipzig. Jusqu’ici, j’avais supporté facilement l’oppression des circonstances, parce que je me figurais que mon enthousiasme était partagé par ma femme, et il me semblait qu’elle m’en avait donné des preuves pendant cette période extraordinaire. Mais elle nia absolument qu il en fût ainsi et ne voulut m’appüquer que le jugement de l’opinion pubüque, avec la seule différence qu’elle admettait mon inconcevable légèreté comme circonstance atténuante. Cependant, ayant instamment prié Liszt de veiller de son mieux sur elle, je ne tardai pas à m’apaiser, et la conduite inattendue de Minna contribua pour beaucoup à cet apaisement. Comme elle me déclarait que, pour commencer, elle ne m’écrirait plus, je lui répondis que j’avais également l’intention de ne plus l’inquiéter désormais et de ne plus la tenir au courant de mon sort si incertain.

Alors, en esprit, je revécus les longues années de notre vie commune, depuis les premiers jours si orageux et si douloureux de notre mariage. Sans aucun doute, les mois de notre détresse parisienne avaient exerce une

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