NOTRE DÉSACCORD
influence bienfaisante sur notre union, La misère que Minna avait acceptée si vaillamment et contre laquelle, moi, j'avais lutté avec activité, avait uni nos âmes d'un lien de fer. Mes succès de Dresde, et principalement la place si enviée de maître de chapelle, avaient été pour Minna la belle récompense de tout ce qu'elle avait supporté avec moi. Être « Mme la directrice » représentait pour elle le summum de ce qu'elle pouvait attendre de la vie, et dans tout ce qui me rendait mes fonctions si amères, elle ne voyait qu'une menace à son bien-être. La direction artistique que j'avais prise avec TannJiàuser lui avait fait craindre déjà pour mes succès futurs et lui avait enlevé courage et confiance. Elle s'était détachée de moi à mesure que mes conceptions (sur lesquelles j'étais devenu de moins en moins communicatif envers elle) et mes rapports avec le théâtre et son chef m'avaient éloigné de la voie — à son avis la voie du succès — où elle se figurait avoir marché à mes côtés. Ma conduite dans la catastrophe de Dresde fut, à ses yeux, le résultat de mes nouvelles erreurs, ainsi que celui de l'influence de gens sans conscience, tels que cet infortuné Rœckel, de gens qui, flattant ma vanité, m'avaient entraîné avec eux dans le malheur.
Depuis que nous avions repris la vie commune, notre désaccord moral était devenu pire encore que notre désaccord extérieur. De tout temps, il y avait eu entre nous des scènes d'une violence passionnée, sans que jamais la réconciliation eût été provoquée par un rapprochement venant de sa part ou par l'aveu de ses torts. Pour recouvrer la paix du ménage et aussi parce que je m'étais