ENTÊTEMENT DE MINNA
bien vite aperçu qu’à cause de la grande différence de nos natures et de notre culture intellectuelle, c’était à moi d’être raisonnable et de faire les premiers pas, je m’étais toujours reconnu le grand coupable dans nos disputes et j’avais toujours radouci Minna par l'aveu de mon repentir. Mais il m’avait fallu malheureusement aussi me convaincre que je perdais de la sorte toute influence sur ses sentiments et sur son caractère.
Lorsque enfin le moment était arrivé où il m’avait été impossible de recourir à mon moyen ordinaire d’apaisement, si je voulais garder intactes les conséquences qui résulteraient logiquement de mes idées et de ma manière d’agir, je m’étais heurté à un esprit féminin tellement endurci par mes concessions que jamais et dans aucune circonstance il ne voulut avoir eu le moindre tort. Bref, ce qui, avec le peu de soin que j’avais mis à garder ma place à Dresde, avait contribué à l’écroulement de ma situation, avait amené aussi la ruine d’une vie conjugale où, non seulement je ne rencontrais plus ni consolation ni encouragement, mais où, au contraire, Minna était devenue comphce inconsciente des conditions hostiles qui m’écrasaient.
Je m’en rendis vivement compte après m’être remis du premier choc causé par la conduite vraiment peu affectueuse de ma femme. Je me souviens cependant ne pas avoir été véritablement chagriné : tout à fait impuissant à me défendre, le sentiment d’avoir bâti mon existence sur le sable me procura plutôt un calme bienfaisant. Dans mon état de profonde pauvreté, cet abandon complet et certain me produisit une sensation de délivrance.
CIPÜ