‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 241 sur 276 · JACOB SULZER · texte numérisé non relu

JACOB SULZER

qu*il n^avait pas atteint la trentaine; mais, malgré sa jeunesse, il exerçait sur tout son entourage Tinfluence d'un homme tout à fait mûr. Lorsque plus tard on me demandait si, dans ma vie, j'avais jamais rencontré ce que, au point de vue moral, on appelle un caractère ou un homme absolument droit, je ne trouvais, après réflexion, à citer que ce Jacob Sulzer, mon nouvel ami. Sa nomination précoce à l'une des meilleures places du canton, c'est-à-dire à la place de chanceher, était due au parti hbéral qui venait de conquérir le pouvoir sous la conduite d'Alfred Escher; ne pouvant laisser les fonctions pubhques aux mains des vieux membres expérimentés du parti conservateur, on avait été forcé de jeter les yeux sur de jeunes hommes particulièrement doués. Sulzer avait été choisi l'un des premiers. Il était alors à peine revenu des universités de Bonn et de Berlin et songeait à prendre son agrégation de philologie à l'Université de sa ville natale lorsqu'on lui proposa de diriger la chancellerie cantonale. Afin de répondre aux exigences de ce poste, il avait passé encore six mois à Genève pour se perfectionner dans l'usage de la langue française, que ses sérieuses études philologiques lui avaient fait négliger. Son coup d'oeil juste, son activité surprenante, ainsi que l'indépendance et l'inflexibihté de son caractère, inaccessible à toute manœuvre de parti, lui valurent au bout de peu d'années une des situations les plus importantes au gouvernement et, pour le bien général, il garda pendant longtemps les fonctions de directeur des finances du canton et de membre de la commission scolaire fédérale.

La façon imprévue dont il apprit à me connaître le

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