MON INFLUENCE SUR JACOB SULZER
jeta dans une singulière perturbation d'idées. Sa nomination de chancelier l'avait détoiumé brusquement des études philologiques et de belles-lettres vers lesquelles l'attirait son goût. Ses relations avec moi semblèrent
lui faire regretter ce revirement de sa destinée. Mon ^
poème sur la Mort de Siegfried lui révéla les recherches
que j'avais faites sur le moyen âge allemand ; lui aussi
l'avait étudié, mais avec une exactitude de philologue
bien plus grande que la mienne, et lorsqu'il se rendit
compte du genre de ma musique, lui, l'homme sérieux
et réservé, fut saisi d'un tel intérêt pour une sphère si
éloignée de ses fonctions qu'il se crut obligé de se défendre
de cette influence troublante par une brusquerie voulue.
Toutefois, dans les premiers temps de mon séjour à Zurich, il se laissa aller à ses sentiments avec une aimable franchise. La vieille demeure officielle du premier chanceher abritait, plus souvent qu'il n'était convenable pour un fonctionnaire d'un petit État bourgeois, les réunions d'un cercle dont j'étais le centre. En de telles occasions, le musicien Baumgartner appréciait particulièrement les produits des vignes que Sulzer possédait à Winterthur et qui, servis avec hbéralité, exerçaient sur nous une forte
attraction. Et lorsque, dans mon humeur insouciante et ^
joyeuse d'alors, je me lançais dans des oraisons dithy- 4
rambiques où je poussais à leurs dernières conséquences mes théories sur l'art et sur la vie, mes auditeurs me répliquaient souvent avec une verve qui était certainement due plus à l'effet du vin qu'à celui de mon inspiration.
Un jour que le professeur EttmüUer, le savant germa-