RÉUNIONS PÉTULANTES A ZURICH
niste et érudit connaisseur de VEdda, répondant à Tinvitation de Sulzer, eut entendu une de mes conférences sur la Mort de Siegfried, il fallut le ramener à la maison dans un état d*inquiétant enthousiasme. Après son départ, une singulière pétulance s'empara de ceux qui restaient. J'eus l'idée baroque de dépendre toutes les portes de l'appartement de M. le chancelier. Voyant les efforts qu'il m'en coûtait, le secrétaire Hagenbuch m'offrit obligeamment son aide et, grâce à son extrême vigueur, nous réussîmes à sortir de leurs gonds toutes les portes de la maison. Sulzer assistait à notre travail en souriant d'un air bénévole. Cependant, sur nos questions, il nous avoua le lendemain qu’il avait passé toute la nuit à remettre les portes en place ; il avait dû accomphr cette besogne seul avec ses médiocres forces, car il ne voulait pas, bien entendu, qu'en arrivant le matin, l’huissier s'aperçût des turbulences de la nuit.
La singulière hberté dont je jouissais à Zurich provoquait en moi une excitation croissante. Parfois, je m'effrayais moi-même de l'exaltation immodérée avec laquelle je défendais envers et contre tous mes paradoxes les plus bizarres. Peu après mon arrivée à Zurich, je m'occupai à développer mes conceptions sur la nature des choses, telles qu'elles s'étaient formées en mon esprit sous l’influence de mes expériences dans les domaines de l'art et de la politique. N'ayant d'autre ressource que ma plume pour gagner quelque argent, j'eus l'idée d'écrire une série d'articles où, dans le sens révolutionnaire qui m'était cher, je dirais mon opinion sur l'art moderne et ses relations avec la société. J'avais en vue