‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 244 sur 276 · DES ARTS ET DE LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

DES ARTS ET DE LA RÉVOLUTION

de les publier dans un grand journal français, le National, par exemple, alors existant. J'envoyai donc mes six digressions à une de mes anciennes connaissances, Albert Franck, frère du célèbre Hermann Franck, qui avait repris le fonds de la librairie franco-allemande autrefois dirigée par mon beau-frère Avénarius, et le priai de les faire traduire et de s'occuper de leur placement. Il ne tarda pas à me les retourner avec l'observation très juste que, pour le moment, le public français ne saurait ni les comprendre ni s'y intéresser.

Alors, j'ajoutai simplement à ce manuscrit le titre : Des Arts et de la Révolution, et l'expédiai à l'éditeur Otto Wigand à Leipzig. Celui-ci se chargea vraiment de le publier sous forme de brochure et m'envoya cinq louis d'honoraires. Ce succès surprenant m'engagea à exploiter mon talent d'écrivain. Je fouillai dans mes papiers et en sortis l'essai historique que j'avais commencé l'année précédente à la suite de mes études sur la légende Niehelungen. Je l'intitulai les« Wihelungen,V histoire d'après la légende », et risquai de nouveau ma chance auprès de Wigand. Le titre sensationnel : Des Arts et de la Révolution, joint à l'émotion qu'avait produite la désertion du maître de chapelle dresdois, devenu réfugié politique, avait réalisé l'espoir de l'éditeur : provoquer un bon petit scandale. Sans que le libraire m'en eût soufflé mot, j'avais appris que ma brochure avait eu bientôt une seconde édition ; aussi mon nouveau manuscrit fut-il accepté tout de suite et payé également cinq louis.

C'était la première fois que mes travaux littéraires me rapportaient quelque chose ; je crus donc avoir trouvé

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