‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 245 sur 276 · TRAVAUX LITTÉRAIRES · texte numérisé non relu

TRAVAUX LITTÉRAIRES

le vrai moyen de me tirer d'affaire. Je songeai à donner rhiver suivant à Zurich une série de conférences publiques sur les mêmes thèmes et à subvenir ainsi à mes modestes besoins, tout en gardant ma liberté, sans place fixe et sans musique. Il me paraissait nécessaire de chercher mes moyens de subsistance dans de tels expédients, car le monde se réorganisait de telle sorte que, sans gains quelconques, je ne pouvais littéralement plus y vivre.

Quelque temps après mon arrivée à Zurich, j'avais assisté à la débandade des restes de l'armée badoise jetée sur territoire suisse avec les hommes politiques qui l'accompagnaient. La capitulation de Villages anéantissait le dernier espoir de ceux qui attendaient de la lutte l'affranchissement des peuples européens. Alors seulement mon regard, ému et effrayé, se détourna des événements extérieurs et se replia sur ma vie intime.

Tous les jours, après mon indigeste repas chez les MüUer, j'allais au a Café littéraire » et j'y prenais mon café au milieu des joueurs de cartes et de dominos se livrant à de bruyantes plaisanteries. Là, je contemplais en rêvant les très ordinaires papiers peints qui repré* sentaient des paysages antiques et me rappelaient une impression que, dans ma plus tendre jeunesse, j'avais reçue d'une aquarelle de Genelli où l'on voyait les Muses instruisant Dionysos. C'est là que je ruminai les idées de mon Œuvre d*art de Vavenir. J'attachai une singulière signification au fait que je fus tiré un jour de mes rêveries par la nouvelle que Mme Schrœder-Devrient se trouvait à Zurich. Je me rendis sur-le-champ à l'hôtel « Zum

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