LETTRE DE MINNA
Schwerte » où elle était descendue. A mon violent regret, j'appris qu'elle venait de repartir par le bateau. Je n ai plus jamais revu Mme Schrœder-Devrient et je n ai su sa mort douloureuse, survenue bien des années après, que par ma femme qui s'était de nouveau passablement liée avec elle à Dresde.
Deux mois d'été s'étaient écoulés dans ce singulier état de liberté et de relâchement quand, de Dresde, Minna me fit tenir un signe de vie consolant. Malgré la façon brutale et offensante dont elle m avait signifie notre séparation, je n'étais point parvenu à me croire tout à fait détaché d'elle. Je m'informai de son sort auprès d'une de ses parentes en une lettre qu'on lui fit lire sans doute ; d'autre part, j'avais de mon mieux veillé à ses besoins par mes recommandations réitérées à Liszt. Je reçus alors une réponse directe qui me découvrit non seulement l'énergie dont cette femme active faisait preuve dans sa situation difficile, mais aussi son désir sincère de revenir à mes côtés. Il est vrai qu elle exprimait avec quelque mépris ses doutes sur mes perspectives de réussir à Zurich ; mais elle ajoutait qu étant ma femme, elle était bien obhgée de se risquer encore une fois à vivre auprès de moi. Elle espérait que Zurich ne serait qu'un heu de passage et que je ne tarderais pas à m'installer à Paris pour y travailler sérieusement comme compositeur d'opéra. Elle m'annonçait, pour un certain jour de septembre, son arrivée sur terre suisse avec le petit chien Peps, le perroquet Papo et sa prétendue sœur Nathahe.
Je louai donc pour nous tous une chambre et un cabinet