ARRIVÉE DE MINNA EN SUISSE
et, de Rapperswyl, je me mis en route à pied pour Saint- Gall et Rorschach en passant par les gracieux pays de Toggenbourg et d'Appenzell. Une véritable émotion me saisit en voyant au port de Rorschach débarquer ma singuhère famille dont la moitié était composée d*animaux domestiques. L'effet agréable, je l'avoue, fut surtout produit par le petit chien et le perroquet. Ma femme s'empressa de refroidir mes sentiments en m'annonçant dès la première minute de notre réunion que, pour peu que ma conduite laissât à désirer, elle était prête à retourner à Dresde où elle trouverait toujours aide et protection.
Un seul coup d'œil sur la pauvre femme, étonnamment vieillie pendant notre courte séparation, suffit pour m'inspirer une pitié qui étouffa mon amertume. Je tâchai avant tout de remonter son courage et de la persuader que notre mauvaise fortune ne serait que passagère. Au début, je n'y réussis guère. Elle comparait avec humihation la petite ville de Zurich à l'important Dresde. Les amis que je lui présentai ne lui imposèrent pas non plus. Elle prenait ce chanceher d'État Sulzer pour un simple greffier, qui, en Allemagne, serait moins que rien, prétendait-elle. Elle s'indigna violemment contre la femme de A. Millier, mon hôte jusqu'alors, lorsque celle-ci répondit à ses plaintes sur la misérable position où je l'avais mise : « Mais c'est justement sa grandeur, de n'avoir pas craint la misère! »
Cependant Minna m'apporta aussi quelque consolation en m'annonçant l'arrivée de divers objets de notre mobilier dresdois qui lui avaient paru indispensables à une installation définitive. Dans une bonne intention.