INSTALLATION A ZURICH
elle m’avait fait expédier mon mauvais piano à queue de Breitkopf et Haertel ainsi que, dans son cadre gothique, la gravure frontispice des Niebelungen de Cornélius. A Dresde, cette gravure était suspendue au-dessus de ma table de travail. Avec ces débris de notre ménage, nous résolûmes de nous installer dans un des petits logements des maisons Escher, au « Zeltweg ».
Il restait encore à Minna environ cent thalers du produit de la vente très difficultueuse de notre mobilier. Elle avait défendu vaillamment cette petite somme et pensait aussi avoir sauvé ma chère collection de livres en la remettant entre les mains de Henri Brockhaus, beau-frère de mes sœurs, libraire et député saxon, qui l’avait priée instamment de lui confier cette bibhothèque. Aussi fut-elle absolument consternée lorsque, plus tard, lui ayant demandé de nous envoyer mes livres, elle reçut de ce parent prévoyant la déclaration qu’il les conserverait en gages jusqu’à ce que j’eusse acquitté la dette de cinq cents thalers que j’avais contractée chez lui les premiers temps difficiles de mon séjour à Dresde. Dans le cours de toutes ces années, il ne m’a jamais été possible de payer cette somme au comptant; ma bibliothèque, composée suivant mes goûts et mes besoins, est donc restée perdue pour moi.
Mon estimable ami, le chancelier d’État Sulzer, qu’au début ma femme avait méprisé à cause de son titre mal compris, trouva tout naturel de nous aider dans la mesure de ses modestes moyens et c’est grâce à lui surtout que nous réussîmes à meubler notre petit logis d’une façon assez engageante pour que nos amis zurichois, habitués à