LA SOCIÉTÉ DE MUSIQUE DE ZURICH
la simplicité, s'y sentissent bientôt à Taise. Le talent d'organisation de ma femme se révéla de nouveau dans tout son éclat et je me souviens, entre autres, d'une petite table qu'elle avait arrangée pour ses bibelots au moyen de la caisse dans laquelle étaient arrivés mes manuscrits et ma musique.
Mais hélas ! la question de savoir comment nous allions vivre se présenta pourtant. Mon projet de faire des conférences publiques révolta au suprême degré l'orgueil de ma femme. Elle ne voyait qu'un moyen de sortir de la misère : suivre le conseil de Liszt et composer un opéra pour Paris. Pour la calmer et parce que je n'avais vraiment rien d’autre en perspective, je me remis en‘correspondance avec mon grand ami et son secrétaire Belloni à Paris. En attendant, j'acceptai l’invitation de la Société de musique de Zurich, qui me demandait de diriger une œuvre classique dans Tun de ses concerts, et j'étudiai avec son maigre orchestre la symphonie en la majeur de Beethoven. Je réussis par ce travail à provoquer dans le pubhc une impression durable et à gagner cinq napoléons ; mais ma femme n'en éprouva que de la tristesse, car elle se rappelait les riches moyens musicaux avec lesquels, peu de temps auparavant, je faisais encore exécuter des œuvres semblables à Dresde et la façon dont on y rétribuait mes peines. Elle revenait toujours à l'idée que, faisant taire mes scrupules artistiques, je devais me lancer dans la carrière parisienne plus brillante. Et tandis que nous nous demandions où prendre les fonds nécessaires au voyage et au séjour à Paris, je me replongeais dans des études philosophiques et