LOUIS FEUERBACH
immortalité qu’à une belle action ou à une œuvre d’art.
J’eus plus de peine à m’intéresser longtemps à Y Essence du christianisme du même auteur : dans le touffu de l’exposition, je ne parvins pas à dégager l’idée simple de la religion au point de vue subjectif et psychologique. Quoi qu’il en fût, Feuerbach demeura pour moi le représentant de la libération radicale et catégorique de l’individu ; il le dégageait des croyances aux dogmes, et les initiés comprendront aisément le sentiment qui me poussa à dédier à Feuerbach mon livre De Vart et de la religion. Mon ami Sulzer, disciple fervent de Hegel, fut mécontent de me voir devenir l’adepte de cet auteur, qu’il ne comptait plus du tout parmi les philosophes. « Le meilleur de l’histoire, disait-il, c’est que Feuerbach vous a incité à penser, lui qui n’est point capable d’avoir une pensée originale. »
J’avais été porté à donner une réelle importance à Feuerbach à cause de ses conclusions, qui différaient absolument de celles de son ancien maître Hegel. D’après lui, la meilleure des philosophies était de n’en point avoir, et cela me facilitait énormément l’étude effrayante de cette science ; de plus, ce qui tombait sous nos sens existait seul. Il plaçait aussi dans la perception esthétique des sens ce que nous nommons esprit. Avec sa déclaration de la nulhté de la philosophie, cette opinion de Feuerbach me guida dans la conception que je me formai de VŒuvre d'art de Vavenir comme drame parfait accessible au sentiment de l’homme le plus simple. C’est à cette influence sur moi de la philosophie de Feuerbach que Sulzer faisait allusion lorsqu’il parlait dédaigneuse-