‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 253 sur 276 · ÉDOUARD DE BULOW · texte numérisé non relu

ÉDOUARD DE BULOW

ment de cet auteur. Il est vrai que je ne tardai pas à ne plus pouvoir relire ses ouvrages et que le titre seul de son dernier livre : Qu*est-ce que la religion? suffit à me dégoûter. Lorsque Herwegh Touvrit devant moi, je le lui refermai sous le nez.

Pour l’instant, je travaillais donc avec ardeur à mon assez gros ouvrage littéraire et j’eus le plaisir d’en lire le chapitre sur VArt poétique à Édouard de Bülow, le père de mon jeune ami, nouvelliste lui-même et adepte de Tieck. Il était venu me surprendre par sa visite dans ma chambrette, mais je dus constater qu’il éprouva une consternation non dissimulée à l’audition de mes idées de réformes radicales dans la dramaturgie, réformes dont devaient naître de nouveaux Shakespeares. Cela me donna l’espoir que le libraire accepterait avec d’autant plus de facilité cet ouvrage révolutionnaire, et comme il était d’un volume considérable, j’en demandai vingt louis d’or, qui me furent... promis.

En attendant cette somme, je me mis en devoir de préparer le projet qu’on me forçait d’exécuter en m’envoyant à Paris essayer mes chances de compositeur d’opéra. Cette affaire de voyage était d’ime nature particuüère : la pensée ne m’en était pas seulement antipathique ; je devais m’avouer encore que je commettais une sorte de malhonnêteté en entreprenant cette expédition, car je savais parfaitement bien que mes intentions n’étaient pas sérieuses et ne le seraient jamais. Mais toutes les circonstances se réunissaient pour m'obliger à consentir à la tentative. Liszt surtout m’y exhortait de nouveau. Il était fermement convaincu qu’il m’indi-

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