‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 256 sur 276 · MON ÉTAT NERVEUX ET MALADIF · texte numérisé non relu

MON ÉTAT NERVEUX ET MALADIF

proportionnée. De perpétuels refroidissements causés par Tappartement malsain où je restais constamment assis devant mes livres amenèrent des symptômes inquiétants. On constata une faiblesse de poitrine ; pour y remédier, un médecin, réfugié politique comme moi, crut devoir m’ordonner l’application d’emplâtres de poix. Ce traitement eut un effet si désastreux sur mon système nerveux que, pendant assez longtemps, j’en perdis la faculté de parler à haute voix. N’empêche, on prétendait qu’il me fallait partir ! Sortant pour aller retenir mon billet à la poste, je défaillis de faiblesse. Couvert d’une sueur froide, je retournai auprès de ma femme et lui demandai si, dans ces conditions, il n’était pas plus raisonnable de renoncer à ce voyage. Elle n’eut pas tout à fait tort de me répliquer que mon état n’avait rien de dangereux ; à son avis, il y avait beaucoup d’imagination dans ma maladie et je me remettrais dès que je me trouverais dans un autre entourage.

Un sentiment de profonde amertume me remuait le cœur lorsque, d’un pas violent et désespéré, je me dirigeai vers la poste pour y prendre le fatal billet. C’est ainsi que dans les premiers jours de février, je me mis vraiment en route pour Paris. Si, parmi les sentiments complexes qui s’agitaient en moi, l’espoir jouait un rôle, il provenait d’une sphère de mon être intime bien différente de celle où reposait la foi qu’on m’imposait, la foi dans un succès parisien comme compositeur d’opéra.

Mon premier soin en arrivant fut de me procurer une chambre tranquille, éloignée de tout vacarme. A partir de ce temps-là, cette condition fut toujours essentielle

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