ANDERS. — M. SEGHERS
assez difficile, car, en dehors des heures de sommeil, il passait tout son temps soit à la Bibliothèque nationale où il était défendu d’aller le voir, soit dans un cabinet de lecture où il s’enfermait pour somnoler. Il prenait généralement ses repas dans diverses familles bourgeoises chez lesquelles il donnait des leçons de piano. Cependant je fus bien aise de le trouver relativement mieux portant que je n’avais osé l’espérer. Il est bizarre qu’une fracture de la jambe lui eût fait recouvrer la santé. Cet accident l’avait conduit dans un établissement hydrothérapique dont le traitement avait été des plus avantageux pour ses nerfs. Anders n’avait plus qu’une pensée maintenant : me voir arriver à un grand succès parisien. D’avance, il voulait s’assurer une place particuüèrement commode pour entendre la première de l’œuvre qu’il attendait de moi ; car, disait-il, « il m’est très difficile de m’asseoir à une place où je risque d’être serré ». Quant à mes travaux httéraires, il n’en voyait présentement guère l’utilité.
C’est de ceux-ci pourtant que je m’occupais de nouveau exclusivement ; je m’étais bientôt aperçu qu’une exécution^^de mon ouverture de TannMuser ne s’obtiendrait pas. Quoique Liszt se fût empressé d’envoyer les parties des instruments, M. Seghers me prévint que pour le reste de la saison, il lui fallait renoncer à ma musique : son orchestre étant comme une république démocratique, tous les membres avaient le même droit de vote et la majorité des suffrages s’était déclarée contre moi. Ce contre temps me montra assez quelle était la misère de ma situation.