FRANZ LISZT
râble Sophie Schrœder récitant la ballade de Lénore, de Burger. Les journaux avaient reproché à Mme Schrœder- Devrient d’avoir organisé une soirée presque exclusivement musicale pour sa mère qui n’avait jamais eu aucune connexion avec cet art et d’avoir ainsi forcé le pubUc musicien de Leipzig de prendre part à son bénéfice. Mais nous, les complices musicaux, nous n’étions que de pauvres jongleurs à côté de cette vieille femme édentee qui venait de nous réciter le poème de Burger avec une force et un sublime presque terrifiants. Cela et bien d’autres choses encore me donna à réfléchir pendant ces quelques jours.
Un second voyage en compagnie de Mme Schrœder- Devrient m’amena, en décembre de cette même année, à Berlin, où la cantatrice était invitée à participer à un grand concert de la cour et où, moi, je devais conférer avec l’intendant, M. de Küstner, à propos de mon Fliegender Hollaender. Si dans mes affaires personnelles je n’arrivai pas à un résultat définitif, ce court séjour à Berlin eut pourtant une importance particulière et de haute valeur pour mon avenir : j’y fis la rencontre de Franz Liszt. Cette rencontre eut lieu dans des circonstances spéciales qui nous jetèrent, lui aussi bien que moi, dans un embarras singulier dû à l’humeur capricieuse et provocante de Mme Schrœder-Devrient.
A l’occasion, j’avais raconté à ma protectrice que je m’étais déjà trouvé une fois avec Liszt. Pendant le second et si malheureux hiver de mon séjour à Paris où, pour vivre, j’en étais réduit à accepter les travaux de mercenaire que me fournissait Schlesinger,^j’avais été informé par Laube (qui ne cessait de s’occuper de moi) de l’ar-