PREMIÈRE ENTREVUE AVEC LISZT A PARIS
rivée prochaine de Liszt à Paris. Laube me recommandait d’aller le voir, car, disait-il, Liszt était « généreux » et m’aiderait certainement. Ayant appris son arrivée, je m’étais présenté à son hôtel. C’était de bonne heure dans la matinée. Je fus reçu et j’attendis avec quelques messieurs dans le salon où bientôt Liszt, en robe de chambre, parut à son tour, aimable et loquace. Incapable de prendre part à la conversation qui se faisait en français et roulait sur la dernière tournée du maître en Hongrie, j’écoutais en m’ennu^’ant considérablement ; enfin Liszt me demanda avec amitié en quoi il pouvait me servir.
Il paraissait ne pas se souvenir de la recommandation de Laube. Tout ce que je sus répondre à sa question fut que j’avais désiré faire sa connaissance. Il n’y vit pas d’inconvénient et me promit de ne pas oublier de m’envoyer un billet pour sa prochaine grande matinée. J’essayai d’entamer avec lui une conversation sur l’art en lui demandant s’il connaissait la composition que Lœwe avait faite, après celle de Schubert, sur le Roi des Aulnes, Sa réponse négative coupa court à l’entretien et, donnant mon adresse, je terminai ma visite. Bientôt après, son secrétaire Belloni m’apporta, avec quelques gentilles lignes du maître, un billet pour la salle Érard où avait lieu son concert. Je trouvai la salle remplie de monde; je vis l’estrade avec son piano à queue, assiégée par la crème de la société féminine de Paris; j’assistai aux ovations enthousiastes que l’on fit à ce virtuose adoré de tous; je l’entendis exécuter plusieurs de ses morceaux les plus brillants, entre autres sa Fantaisie sur Robert le Diable, et n’éprouvai, en somme, d’autre impres-