‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 260 sur 276 · LE « PROPHÈTE » DE MEYERBEER · texte numérisé non relu

LE « PROPHÈTE » DE MEYERBEER

le noble et beau mouvement de l’an précédent. C’était comme l’aube du jour de honte et de désenchantement qui se levait sur la terre. Je me sentis si mal à l’aise pendant cette représentation que, bien que me trouvant placé au miheu des fauteuils d’orchestre, je ne craignis pas de causer un dérangement désagréable aux voisins en m’en allant avant la fin de l’acte. Le passage où la célèbre mère du Prophète donne libre cours à sa douleur par les absurdes roulades habituelles, me causa un véritable accès de rage. Jamais, depuis lors, je n’ai pu accorder la moindre attention à cette œuvre.

Mais que me restait-il à faire? Pendant mon premier séjour de misère à Paris, je m’étais senti attiré vers les répubhques de l’Amérique du Sud; aujourd’hui mon désir me poussait vers l’Orient où j’aurais voulu, oubliant tout ce monde moderne, finir mes jours d’une façon digne d’un homme. J’étais dans cet état d’esprit quand je dus répondre à une lettre de Mme Laussot, à Bordeaux, qui s’informait de nouveau de ma santé. Mon épître fut telle que la jeune femme me fit tenir aussitôt une invitation aimable et pressante à venir dans sa maison, ne fût-ce que peu de temps, me remettre de mes ennuis momentanés et les oubher. Une excursion dans cette contrée méridionale encore inconnue, et chez des gens également inconnus, m’attirait et me flattait. J’acceptai, je réglai mon compte à Paris et pris la diligence. Passant par Orléans, Toms, Angoulême et le long de la Gironde, j’arrivai à Bordeaux où je fus reçu avec amabihté et distinction par le jeune marchand de vins Eugène Laussot et sa femme, ma gracieuse et compatissante amie.

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