RETOUR A PARIS (AVRIL
cerais, fût-ce au prix des plus grandes privations, dans les hasards de Tinconnu. De la petite rente que me faisaient mes amis, je comptais abandonner la moitié à ma femme. Avec le reste j'irais en Grèce, en Asie Mineure, n'importe où et dans n'importe quelles conditions pour oublier et me faire oublier.
Je fis part de mes intentions à ma seule confidente d'alors, afin qu'elle pût éclairer mes bienfaiteurs sur la façon dont je comptais dépenser leurs subsides. Elle en parut joyeusement surprise et l'aversion que lui inspirait sa propre vie éveilla en elle le désir de suivre une destinée semblable à la mienne. Elle m'exprima cette pensée par des allusions et des mots hâtifs et brefs. Sans trop savoir où cela nous conduirait et sans que nous nous fussions aucunement concertés, je quittai Bordeaux plus agité qu'à mon arrivée, plein de pitié et d'inquiétude, incertain sur ce que je ferais. Pour commencer, je retournai à Paris. C'était les premiers jours d'avril.
Dans un état vraiment lamentable, à la fois fatigué et énervé, souffrant d'insomnies, je passai huit jours à l'hôtel de Valois, pour tâcher de me rendre compte de ma malheureuse situation. Même si j'avais voulu reprendre les projets qui m'avaient conduit de force à Paris, j'aurais dû constater qu'il n'y avait absolument rien à faire pour l'instant. Le chagrin que j'avais de vilipender ainsi mes forces pour obéir à d'absurdes exigences se transforma en une rage concentrée. Comme il me fallait enfin répondre à la dernière et pressante lettre de ma femme, je lui expliquai longuement, avec franchise, quoique avec bienveillance, et en récapitulant