RUPTURE AVEC MINNA
toute notre existence, que j'étais arrivé à la ferme résolution de la dispenser désormais de mêler sa destinée à la mienne, car je me sentais incapable d'arranger ma vie comme elle le voulait. Je lui céderais toujours la moitié de tout ce que j'obtiendrais en fait d'argent, maintenant et à l'avenir ; mais elle devait prendre son parti de ma détermination et se dire que le cas était arrivé pour lequel elle m'avait, dès notre premier revoir en Suisse, menacé de son abandon. Je dus me contraindre pour ne pas lui dire un adieu définitif.
Je fis part de cette lettre à Jessie à Bordeaux, mais sans pouvoir lui donner un plan arrêté du projet que j'appelais « ma fuite du monde ». Mes moyens étaient encore insuffisants. Elle me répondit que son intention était d'agir de même et elle faisait appel à ma protection pour le moment où elle aurait acquis sa liberté.
Fort e&ayé, .je me hâtai de lui démontrer et tâchai de lui faire comprendre la grande différence qu'il y avait entre la situation misérable et désespérée d'un être comme moi qui, en face de l'impossible, se laisse aller à la dérive et celle d'une jeune femme s'arrachant à une vie de famille d'apparence bien ordonnée pour des motifs que nul autre que moi ne comprendrait. Elle me tranquilhsa quant à l'excentricité de son projet ; nul n'y verrait rien d'extraordinaire ; pour commencer, elle ne demanderait que la permission de faire une nouvelle visite à la famille Ritter de Dresde. Ces émotions et préoccupations me jetèrent dans un tel état d'épuisement que je ressentis le besoin de me retirer dans une solitude qui ne fût pas trop éloignée de Paris.