MONTMORENCY. — RESTAURANT « HOMO
Comme on m'avait dit beaucoup de bien de Montmorency, je m'y rendis vers la mi-avril pour y trouver un modeste refuge. Je me traînai péniblement par la petite ville ; dans ses environs, qui avaient encore un aspect tout hivernal, j'entrai pour me restaurer dans un de ces jardinets de marchand de vin qui ne se remphssent de visiteurs que le dimanche. M'étant fait servir du pain, du fromage et une bouteille de vin, je fus bientôt entouré d'une bande de poules auxquelles je lançais des miettes. J'admirais le désintéressement du coq, qui ne prenait aucun morceau lui-même et laissait à ses poules le pain que je lui destinais. Mais celles-ci devinrent de plus en plus hardies ; elles volèrent sur ma table et picorèrent sans gêne mes provisions. Voyant ce désordre, le coq se mit aussi de la partie et se jeta sur mon fromage avec une avidité longtemps dominée.
Enfin cette invasion de pillards ailés me chassa même de mon banc et je sentis une grande gaieté m'animer. Pour la première fois depuis longtemps j'éclatai de rire, et, me retournant, je regardai l'enseigne du cabaret. L'aubergiste se nommait Homo. Cela me parut de bon augure : à tout prix il fallait me loger ici. On me montra une petite chambre étroite dont je m'emparai immédiatement. Il n'y avait qu'un lit, une table en bois brut et deux chaises. Sur l'une d'elles, je plaçai de quoi me laver et sur la table, j'étalai quelques livres, une écritoire et la partition de Lohengrin, Et, quoique le temps restât mauvais et que le bois dépouillé ne me fournît que des promenades peu agréables, je respirai enfin dans cette installation sommaire : j'avais trouvé ici la possibilité