A VILLENEUVE AVEC CARL RITTER
N'empêche qu'il comprit le sérieux et la véritable signification de mes intentions et quhl remplit sa délicate mission avec tact et sentiment.
Cette nuit même, je pris le train pour Clermont- Ferrand ; je dus m'y arrêter avant de continuer sur Genève, où je voulais attendre des nouvelles de Mme Ritter, de Dresde. Mon épuisement était si grand que je n'aurais pas pu songer à entreprendre un long voyage, en admettant que j'en eusse eu les moyens.
Pour passer le temps de l'attente, je me retirai à l'autre bout du lac de Léman, à Villeneuve, et trouvai aisément à me loger à l'hôtel Byron, absolument vide à cette époque. Sachant que Cari Ritter était venu me voir à Zurich, je lui écrivis de me rejoindre à Villeneuve dans le plus grand secret. C'est ici que nous nous rencontrâmes dans la deuxième semaine de mai.
J'aimais en Cari Ritter un dévouement absolu, une façon rapide de comprendre ma situation et la nécessité de mes décisions, de même qu'un consentement facile, sans phrase, à tout ce que je déterminais pour moi ou pour lui. Mes travaux littéraires le remplissaient d'admiration ; il me dit la vive impression qu'ils avaient produite sur ses connaissances et m'engagea à profiter des quelques jours de repos dont je jouissais pour préparer la publication de mon poème sur la Mort de Siegfried. J'écrivis donc pour cette oeuvre une courte préface par laquelle je la recommandais à mes amis comme un souvenir de l'époque où j'espérais me vouer tout entier à des travaux purement artistiques, entre autres à la musique. J'expédiai encore ce manuscrit à Wigand à