‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 269 sur 276 · MISSIVE EXALTÉE DE JESSIE · texte numérisé non relu

MISSIVE EXALTÉE DE JESSIE

Leipzig ; mais il me le renvoya peu après avec la remarque qu'il lui serait impossible d'en vendre un seul exemplaire, surtout si je persistais à en exiger l’impression en caractères latins. J'ai appris plus tard qu'il avait aussi absolument refusé de régler à ma femme les dix louis qu'il me devait encore pour VŒuvre d'art de Vavenir.

Quoique ma situation fût bien fâcheuse, je n'eus pas le temps de songer à entreprendre le moindre travail, car peu de jours après l'arrivée de Cari, ma tranquillité morale fut bouleversée par les plus graves attaques de la vie réelle. Mme Laussot m'écrivit dans une missive exaltée qu'elle n'avait pu s'empêcher de faire part de ses intentions à sa mère et que celle-ci avait tout de suite soupçonné que j’étais de connivence; M. Laussot, averti à son tour, était allé plus loin encore et ne parlait de rien moins que de me poursuivre pour me loger une balle dans la tête. Je sus tout de suite ce que je devais faire : me rendre à Bordeaux et régler définitivement la question avec mon adversaire.

J'adressai aussitôt une lettre détaillée à Eugène Laussot où je lui montrai les choses sous leur vrai jour ; je ne pus cependant m'empêcher d’ajouter que je ne comprenais pas qu'un homme retînt de force une femme qui ne voulait plus de lui. Pour conclure, je lui annonçai que j'arrivais à Bordeaux en même temps que ma lettre, et que je lui indiquerais sur l'heure l'hôtel où il pourrait me rencontrer; de plus, je le prévenais qu'afin de lui laisser toute sa liberté d'action, je n'avertissais pas sa femme de ma démarche. Je ne lui cachai pas non plus que je ne pouvais effectuer ce voyage qu'avec les plus

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