DÉPART POUR BORDEAUX
grandes difficultés, car je ne prenais pas le temps de faire valider mon passeport par Tambassade de France. J'envoyai aussi quelques lignes à Mme Laussot pour lui recommander le calme et la tenue ; fidèle à mon dessein, je ne lui soufflai mot de mon changement de domicile. Bien des années après, j'ai raconté cette histoire à Liszt : il m'a assuré alors que j'avais commis une sottise en ne prévenant pas la jeune femme de ma décision.
Le soir même, je pris congé de Cari, et le lendemain matin, j'entreprenais de Genève mon pénible voyage à travers la France. J'étais si épuisé que je ne pus m'empêcher de croire ma mort prochaine et c'est dans ce sens que j'écrivis à Mme Ritter, lui dépeignant l'embarras inouï dans lequel je me trouvais.
Mon passeport incorrect me causa en effet bien des ennuis à la frontière. Je dus donner le but exact de mon voyage, et c'est seulement sur mon assurance que de graves affaires de famille m'appelaient à Bordeaux que je pus obtenir des autorités la permission exceptionnelle de passer. Par Lyon et l'Auvergne, je roulai trois jours et deux nuits en diligence. Enfin, au jour levant, j'aperçus d'une hauteur la ville de Bordeaux qu'éclairait un incendie.
Descendu à l'hôtel des Quatre-Sœurs, je me hâtai de faire parvenir à M. Laussot un billet dans lequel je lui disais que je l'attendais et que je ne quitterais pas l'hôtel de la journée. J'attendis en vain. Vers le soir, une citation de la police me convoqua chez le commissaire. Là, on commença par me demander si mon passeport était en règle; j'avouai la vérité et que c'était à cause