M”® SCHRŒDER-DEVRIENT ET LISZT
sion que celle de Tahurissement. C'était l’époque où je me détournais d’une voie que j’avais suivie par erreur et qui m’avait conduit dans une direction opposée à ma vraie nature ; je m’en écartais alors avec une amertume silencieuse, mais non sans emphase. J’étais donc fort mal disposé pour juger à sa valeur une personnalité qui brillait dans la pleine clarté du jour que je quittais pour rentrer dans l’obscurité. Je ne retournai plus chez Liszt.
J'avais donc, ainsi que je l’ai déjà dit, simplement raconté cette entrevue à Mme Schrœder-Devrient et elle avait écouté mon histoire avec un vif intérêt, car j’avais touché son point faible, c’est-à-dire sa jalousie d’artiste. Liszt ayant aussi été engagé par le roi de Prusse pour ce grand concert à la cour de Berlin, il s’était empressé de s’enquérir auprès de Mme Schrœder-Devrient des détails du succès de Rienzi. S’étant aperçue que l’auteur de Riejizi était pour le maître un personnage totalement inconnu, elle se hâta de lui reprocher son manque de clairvoyance, car le compositeur dont il s’informait aujourd’hui était ce même pauvre musicien qu’il avait si hautainement congédié à Paris, peu de temps auparavant. Elle était ravie de pouvoir me conter cela ; moi, j’en fus très ennuyé, car je devinai tout de suite la façon dont elle avait arrangé mon récit. Nous étions dans sa chambre, précisément en train de discuter là-dessus, lorsque, soudain, nous entendîmes dans la pièce voisine le célèbre passage de la basse de l’air vengeur de Donna Anna, exécuté rapidement en octaves sur le piano.
— Mais c’est lui ! s’écria Mme Schrœder-Devrient.