‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 271 sur 276 · S DÉCEVANTES EXPÉRIENCES A BORDEAUX · texte numérisé non relu

S DÉCEVANTES EXPÉRIENCES A BORDEAUX

d'une importante affaire de famille qui m’avait fait précipiter mon départ. Là-dessus, on me notifia qu on se voyait forcé de m’interdire le séjour de Bordeaux, précisément à cause de ces « affaires de famille ». Sur mes pressantes questions, on ne me dissimula pas qu’on agissait ainsi conformément au désir des personnes en cause.

Cette singulière explication me rendit sur-le-champ ma bonne humeur. Je demandai au commissaire de me laisser au moins deux jours pour me reposer après ce fatigant voyage; il me les accorda volontiers, d'autant plus que je ne pourrais pas voir la famille en question, car elle avait, m’avoua-t-il, quitté Bordeaux à midi. Donc, je mis réellement ces deux jours à profit pour me rétabhr. Mais j’élaborai une longue lettre à Jessie ; je lui racontai tout ce qui s’était passé et ne lui cachai pas combien je trouvais honteux la conduite d'un homme qui compromet l’honneur de sa femme par une dénonciation à la police. Je ne pouvais plus avoir aucun rapport avec elle aussi longtemps qu’elle ne serait pas libérée complètement de cette union indigne.

Il s’agissait maintenant de faire parvenir ma lettre à destination. Les indications du commissaire n’avaient pas été assez précises pour que je pusse savoir si les Laussot avaient abandonné Bordeaux pour un ou plusieurs jours. Je résolus donc d’aller tout simplement la porter moimême. Je sonnai. La porte s’ouvrit. Sans rencontrer personne, je montai au premier, traversai toutes les pièces ouvertes et, parvenu à la chambre de Jessie, je déposai ma lettre dans sa corbeille à ouvrage. Puis, je repris tranquillement le même chemin sans voir âme qui vive.

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