‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 273 sur 276 · DANS LA SOLITUDE DE ZERMATT (JUIN 1S · texte numérisé non relu

DANS LA SOLITUDE DE ZERMATT (JUIN 1S

Mon désir de disparaître de la scène du monde me fit alors prendre la résolution de me retirer avec Cari dans une contrée montagneuse aussi déserte que possible. Nous nous rendîmes donc dans la solitaire vallee de la Viège, au canton du Valais. Non sans difficulté et par des sentiers peu frayés, nous arrivâmes à Zermatt. Là, au pied du colossal et magnifique mont Cervin, nous pouvions, en effet, nous croire séparés du monde. Je tâchai de nous arranger de notre mieux dans cette simplicité sauvage, mais je ne fus pas longtemps à m apercevoir que Cari ne s*y plaisait pas. Dès le second jour, il me confessa qu'il trouvait l'endroit horrible et qu il ferait bien plus beau au bord d'un lac. Après avoir étudié la carte de la Suisse, nous choisîmes Thoune pour faire un nouvel essai de séjour.

Moi, je me retrouvais malheureusement dans un état inquiétant de nervosité ’. la moindre fatigue corporelle provoquait de fortes transpirations qui m épuisaient. Il me fallut un violent effort sur moi-même pour redescendre à pied la vallée. Enfin, nous arrivâmes à Thoime, et, ayant repris courage, je louai sur la grand route quelques chambres modestes et gaies. Il s'agissait de voir si nous pourrions y tenir.

Mon jeune ami était plutôt silencieux, sa grande timidité n'était pas toute disparue ; mais pour moi sa société fut toujours aimable et animée ; souvent il s'épanchait avec une vivacité surprenante. Le soir, lorsque avant de se coucher il venait s'accroupir devant mon lit, il s exprimait dans son agréable parler balte avec abandon sur ce qui l'intéressait. Dans ces jours, j'eus un plaisir tout

Page 1