‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 274 sur 276 · COMPLOT DES LAUSSOT CONTRE MOI · texte numérisé non relu

COMPLOT DES LAUSSOT CONTRE MOI

particulier à relire VOdyssée, dont un volume était, par hasard, tombé entre mes mains. Le héros martyr toujours errant, toujours nostalgique, toujours vainqueur des obstacles, m'inspirait une sympathie fraternelle.

Mais à peine avais-je reconquis la paix et la tranquillité qu'une lettre de Mme Laussot à Cari vint tout gâter. Mon jeune ami hésitait à me la montrer : il lui semblait que Jessie était devenue folle. Je lui arrachai la feuille. Je lus alors que la jeune femme avait cru de son devoir d'avertir mon ami qu'elle ne voulait plus avoir aucun rapport avec moi : elle savait à quoi s'en tenir sur ma personnalité.

J'ai appris dans la suite, par l'entremise de Mme Ritter, ce qui s'était passé à Bordeaux. Lors de mon arrivée dans cette ville, M. Laussot, d'accord avec Mme Taylor, avait emmené Jessie à la campagne et l'y avait gardée jusqu'à ce qu'il fût sûr que la police m'avait fait quitter Bordeaux. On avait caché à la jeune femme ma lettre et mon voyage et obtenu d'elle la promesse de se tenir tranquille pendant une année, de renoncer à son séjour à Dresde et de cesser toute correspondance avec moi ; comme on lui promettait son entière liberté au bout de ce temps, elle avait souscrit à cette condition. Mais tout de suite les deux conjurés se mirent à l'œuvre pour me faire passer aux yeux de tout le monde et aussi à ceux de la jeune femme pour le type d'un séducteur de profession.

Mme Taylor s'était plainte à ma femme de mes « projets d'adultère » et en même temps qu'elle lui exprimait sa pitié, elle lui avait offert son aide. La pauvre Minna, voyant soudain dans ma décision de rester éloigné d'elle

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