MENSONGES ET CALOMNIES
un motif qu'elle n'avait pas soupçonné, s'adressa à son tour, éplorée, à Mme Taylor. En outre, on s était servi d'un singulier quiproquo pour m'accuser d un mensonge dont je me serais sciemment servi : un jour, en plaisantant, Jessie m'avait dit qu'elle n'appartenait à aucune religion reconnue, son père ayant fait partie d une secte particulière qui ne baptisait ni selon le rite catholique ni selon le rite protestant ; à quoi j'avais répondu, en manière de consolation, que moi, je m'étais trouvé mêlé à des sectes autrement inquiétantes, car peu après mon mariage, j avais appris qu'il avait été célébré par un de ces « piétistes » de Kônigsberg. Dieu sait de quelle façon mes paroles furent rapportées à la digne matrone anglaise ! Toujours est-il qu'elle écrivit à ma femme que j'avais déclaré mon mariage irrégulier ! La réponse de Minna donna, sans doute, a Jessie amplement sujet de me juger ainsi qu'on le désirait et c est à ce résultat que je devais sa lettre à mon jeime ami.
J'avoue que dans tout cet imbroglio, je fus surtout indigné du chagrin causé à ma femme. Ce qu on pensait de moi m'était assez indifférent, mais j'acceptai avec empressement l'offre de Cari d'aller à Zurich lui donner des explications et la calmer.
Pendant que j'attendais son retour, je reçus une lettre de Liszt : il me disait l'impression que lui avait produite la connaissance de ma partition de Lohengrin et ajoutait que cette œuvre lui avait donné une opinion définitive sur la grandeur de mon avenir. Il m'annonçait aussi que, selon mon autorisation, il allait mettre toutes ses forces au service de mon opéra pour qu'il fût représenté à Weimar à l'occasion des prochaines fêtes organisées en