MÉPRIS POUR LE GENRE THEATRAL
ce ballet, composée rapidement à Riga et sans que j'eusse pu m'intéresser à ce genre, était précisément d'une faiblesse notoire. J'avais dû en supprimer d'emblée la pantomime tragique qui en était la meilleure partie, de sorte qu'à Dresde déjà, j'avais été franchement honteux de mon œuvre.
De plus, à Dresde, nous n'avions aucun moyen chorégraphique d'exécuter convenablement mes jeux antiques et mes danses graves et caractéristiques, partie qui plus tard fut très bien rendue à Berlin. J'avais donc dû me contenter de quelques « pas » absurdes évolués par deux petites danseuses, et d'une compagnie de guerriers qui défilaient en tenant leur bouclier sur la tête : ce toit devait rappeler la « testudo » des anciens Romains. Le maître de ballet et ses aides, en maillot couleur chair, s'élançaient sur cette plate-forme oû ils se livraient à des culbutes qui, à leur idée, symbolisaient la lutte des gladiateurs. Mais c'est à ce moment-là que la salle éclatait en applaudissements et je pouvais me dire alors que j'avais atteint l'apogée de mon succès.
Pendant que la divergence singulière qui existait entre mes aspirations intimes et mes succès extérieurs se manifestait de plus en plus vivement, je me vis, en acceptant la place de directeur de musique à Dresde, poussé dans la voie fatale où j'avais été jeté lors de mon mariage, et cela avec une analogie qui avait quelque chose d'effrayant. Dès le début de ces négociations, j'avais montré à dire oui un manque d'entrain qui n'avait rien d'affecté. J'éprouvais un parfait mépris pour le genre théâtral et ce sentiment ne s'était pas atténué par la connaissance