‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 35 sur 276 · S L’INTENDANCE DU THÉÂTRE DE DRESDE · texte numérisé non relu

S L’INTENDANCE DU THÉÂTRE DE DRESDE

que je venais de faire de l’intendance de la cour, d’apparence si distinguée pourtant. Cette intendance semblait vouloir couvrir d’une suffisance ignorante la décadence du théâtre moderne et sa direction. On tuait ainsi tout élan vers les choses élevées et, à y regarder de près, ce n’était plus qu’un faisceau d’intérêts frivoles et vaniteux que liait un appareil bureaucratique aussi rigide que ridicule. Je reconnus avec toute la sûreté possible que devoir m’occuper du théâtre était la chose la plus désagréable qui pût m’être imposée. Donc, quand la mort de Rastrelli m’induisit à la tentation de devenir infidèle à ma voix intime, je me hâtai de déclarer à mes amis que je n’avais nullement l’intention d’accepter la place devenue vacante.

Mais tout ce qui peut ébranler la résolution d’un homme se coalisa contre la mienne. En première ligne, la perspective d’assurer mon existence par des appointements réguliers exerçait son attraction tyrannique. Je combattis cette tentation en songeant à mes succès de compositeur d’opéra ; j’espérais qu’ils me rapporteraient assez au moins pour pouvoir vivre modestement dans deux chambres et travailler, sans être troublé, à de nouvelles œuvres. Mais justement, à propos de ce désir de tranquillité pour mes travaux, on prétendit qu’ayant une position assurée sans être surchargé d’occupations, j’aurais plus de facilité que jamais à composer; depuis l’achèvement de mon Fliegender Hollaender j’avais passé toute une année sans pouvoir rien faire. Mais je trouvais indigne de moi de succéder à feu Rastrelli dans une place de directeur de musique subordonnée à celle du maître

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