‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 36 sur 276 · SERAI-JE MAÎTRE DE CHAPELLE · texte numérisé non relu

SERAI-JE MAÎTRE DE CHAPELLE

de chapelle. Je déclarai donc fermement ne pas en vouloir et contraignis ainsi la direction à chercher ailleurs.

Ce poste-là étant mis définitivement hors de cause, on m'informa que par la mort de Morlacchi il y avait, en somme depuis peu, une autre situation encore à réoccuper, celle de maître de chapelle royal. Le roi, m'affirmait-on, serait disposé à me l'accorder. L'importance avec laquelle on traite ces questions en Allemagne, surtout dans les résidences royales, ajoutée au prestige dont de telles fonctions revêtent un musicien allemand et qui les lui fait considérer comme le bien terrestre le plus enviable, produisit son effet sur ma pauvre femme et la jeta dans une violente agitation. De divers côtés s'ouvraient en outre devant moi des perspectives agréables de relations telles que nous ne les avions pas connues jusque-là ; le sentiment d'être bien vus et bien accueillis nous réchauffa le cœur, à nous gens sans foyer, et l'espoir de posséder un domicile fixe sous la haute protection du roi nous promettait la quiétude et le bien-être que nous avions douloureusement désirés dans nos temps de détresse.

La veuve de Carl-Marie de Weber, l'aimable et vive Carohne, exerça aussi une influence décisive sur ma volonté. Je fréquentais souvent sa maison, et sa société m'attirait spécialement à cause des souvenirs qu'elle ravivait sur le maître que j'aimais tant encore. Avec une sincérité touchante, elle me supplia de ne pas résister à cet appel significatif du destin. Elle se sentait, disait-elle, le droit de m'engager à m'établir à Dresde pour prendre la place si tristement délaissée depuis la mort de son

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