LE ROI FRÉDÉRIC DE SAXE
feu à tout le corps de chapelle réuni, je fus bientôt reçu à une audience de Sa Majesté. En voyant le visage de ce monarque si bon, si affable et si modeste, je me souvins involontairement du plan que j'avais formé dans ma jeunesse de composer une Ouverture politique sur le thème « Frédéric et Liberté ». La conversation, d'abord un peu embarrassée, s'anima lorsque le roi m'exprima la satisfaction qu'il avait eue d'entendre mes deux opéras. S'il avait une observation à me faire, me dit-il après une aimable hésitation, ce serait qu'il eût désiré voir les personnages de mes drames musicaux se détacher plus nettement de leur cadre. Il lui semblait que les forces élémentaires y dominaient trop ; ainsi, dans Rienzi, le peuple, et dans le Fliegender Hollaender, la mer. J'eus l'impression de fort bien comprendre ce qu'entendait le roi et je me réjouis sincèrement de la preuve de sérieux intérêt et de jugement personnel qu'il me donnait là. En outre, il s'excusa d'avance de ne pas assister souvent à la représentation de mes opéras, car il détestait d'aller au théâtre. Ce dégoût provenait du fait que, dans sa jeunesse, lui et son frère Jean avaient été forcés de se soumettre à un principe d'éducation qui obligeait les deux enfants à se rendre régulièrement au spectacle, bien que, franchement, ils eussent souvent préféré s'adonner, loin de toute étiquette, à une occupation plus à leur gré.
Quelque temps après, j'eus un exemple caractéristique de l'esprit qui anime les courtisans : on me raconta que M. de Lüttichau ayant dû, pendant cette audience, attendre dans l'antichambre, s'était plaint de la longueur de la conversation.