RÉCLAMATIONS DE TOUS LES CRÉANCIERS
Au cours des années suivantes, je ne suis plus parvenu que deux fois à approcher cet excellent souverain et à m’entretenir avec lui. La première, c’est en lui offrant l’arrangement pour piano de mon Rienzi, que je lui avais dédié; la seconde, c’est à l’occasion de mon heureuse adaptation de VIphigénie en Aulide, de Glück, et de sa représentation. Le roi, qui avait une prédilection marquée pour cet opéra, m’arrêta en pleine promenade publique et me félicita très amicalement de mon travail.
Avec cette audience chez le roi, j’avais certainement atteint le point culminant de mon heureuse et rapide carrière à Dresde. A partir de ce jour, les soucis se représentèrent à moi sous leurs formes multiples. Je ne tardai pas à me rendre compte de la difficulté de ma position matérielle, car les avantages que m’offrait ma nouvelle situation n’étaient point en rapport avec les sacrifices et les devoirs qui pesaient sur mon existence depuis que j’étais devenu indépendant. Le jeune chef d’orchestre qui, depuis son départ de Riga, était complètement disparu de la scène publique, reparaissait subitement, à la stupéfaction générale, comme maître de chapelle royal à Dresde. Les premiers effets de ma chance, clamée à tout le monde, se manifestèrent dans les réclamations pressantes et les poursuites menaçantes dont m’accablèrent mes créanciers de Kœnigsberg, ceux mêmes que j’avais fuis en me lançant de Riga dans une aventure pleine de tribulations. De plus, je me vis en butte aux revendications de tous ceux qui depuis les époques les plus reculées, et de n’importe où, se croyaient en droit d’exiger quelque chose de moi : il en vint du temps où