ANIMOSITÉ DES CRITIQUES
La vogue de Rienzi fut très désagréable à ces messieurs, qui, par un engagement durable, devaient faire la critique musicale dans les journaux de Dresde. Je n’avais pas cherché à gagner leurs bonnes grâces et cependant il leur avait été, tout d’abord, difficile de lancer leur fiel contre un jeune musicien généralement aimé et auquel le public bienveillant s’intéressait d’autant plus qu’on connaissait sa vie, si peu favorisée par la fortune. Mais ma nomination extraordinaire au poste de maître de chapelle royal les dégagea de tout égard humain. A présent, j’avais de la chance, une chance inouïe ! L’envie trouva de quoi se repaître ; elle pouvait mordre à quelque chose de concret, de saisissable, et tous les journaux allemands ne tardèrent pas à prendre en parlant de moi un ton qui ne s’est pas encore modifié à l’heure actuelle. Pendant mon premier séjour en Suisse comme réfugié politique, il y eut bien quelques changements passagers dans des feuilles de couleur spéciale ; mais ils disparurent lorsque, grâce aux efforts de Liszt et malgré mon bannissement, mes opéras se répandirent en Allemagne.
Si, tout de suite après les représentations de Dresde, mes partitions furent demandées par deux théâtres, je ne le devais certainement qu’au fait que mes deux journalistes policiers se sentaient encore obligés de garder quelque mesure dans leur néfaste activité. Mais, plus tard, je n’eus point tort d’attribuer l’arrêt de toute demande à l’effet des rapports faux et calomnieux qui parurent sur moi dans les journaux. Mon vieil ami Laube s’était, il est vrai, empressé de me soutenir de sa plume : ayant repris, depuis le nouvel an 1843, la rédaction du Monde