‹ Ma vie. II, 1842-1850Chapitre 44 sur 276 · PROTECTION DE LAUBE · texte numérisé non relu

PROTECTION DE LAUBE

élégant, il me pria de lui fournir ma biographie pour Tun de ses prochains numéros. Il éprouvait sans aucun doute un grand plaisir à me présenter triomphalement au monde littéraire d’alors ; pour que l’article produisît plus d’éclat, il y ajouta une lithographie du portrait que Kietz avait fait de moi. Lui-même cependant finit par devenir hésitant dans le jugement qu’il portait sur mes œuvres, en voyant avec quelle persistance et quelle croissante assurance on les critiquait, les abîmait et les méprisait. Il m’a avoué plus tard qu’il n’eût pas cru possible qu’on pût se trouver dans une position aussi déplorable vis-àvis de la presse, et, connaissant mes principes, il me donna sa bénédiction en souriant et me considéra comme un homme perdu.

Dans mon nouveau champ d’activité, je m’aperçus bientôt aussi qu’à mon égard s’opérait un changement d’opinion qui fut pain bénit pour les journalistes.

Comme je n’étais poussé par aucun sentiment de vanité, je n’avais pas demandé à diriger moi-même mon opéra. Ayant constaté cependant que le maître de chapelle Reissiger devenait plus indolent après chaque représentation de Rienzi et que l’exécution de l’ensemble tombait dans l’omière habituelle de l’indifférence et de la platitude, sachant de plus qu’on songeait à moi comme chef d’orchestre, j’exprimai le désir de diriger moi-même la sixième représentation. Sans répétition préalable, et sans m’être mis en contact avec les musiciens, je fis tout marcher à souhait; chanteurs et orchestre furent électrisés et, de l’avis général, cette représentation de Rienzi fut la meilleure qu’on eût encore vue. L’étude et la direction

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